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Mode
et architecture autour de l’établissement romain de
Vallon
De la méthode de restitution à partir de la diversité
des styles
La
démarche de restitution d’un édifice devrait
commencer dès les premiers dégagements : en effet,
la plupart des toitures antiques à large débord ont
laissé des traces au sol en marge des structures. Leur interprétation
est riche d’enseignement et peut nous révéler
le type de charpente qui appartient à une unité stylistique
particulière.
Le
cas de la " villa " de Vallon est exemplaire par la diversité
des styles architecturaux qui se juxtaposent, observation possible
grâce au travail soutenu de nombreux spécialistes.
Seules des fouilles minutieuses permettent d’engager une démarche
de restitution sur des bases certaines qui nous font sortir enfin
des visions architecturales simplistes et stéréotypées.
On ne dira jamais assez à quel point le style des villae
antiques puisait ses références dans un corpus de
formes issu d’un passé perpétuellement revisité,
remontant parfois au VIe siècle avant notre ère.
La confrontation de Rome et de l’Italie avec la culture grecque
fut l’objet d’un intense débat à partir
du IIe siècle avant J.-C. au moment où s’introduisaient
les normes nouvelles de l’hellénisme.
Entre les positions radicales de la toscanité italique et
les nouvelles normes grecques, des postures intermédiaires
ont été adoptées par l’association de
ces deux cultures produisant de nouveaux concepts hybrides comme
le toscan hellénisé ou l’italo-corinthien.
Ainsi,
c’est avec surprise que nous retrouvons ces différentes
tendances juxtaposées à Vallon où chacun des
bâtiments est porteur d’un de ces styles.
Ce qui surprend aussi, c’est le renouvellement des séquences
architecturales en fonction des nouveaux choix décoratifs.
En 160 de notre ère, on constate une hellénisation
générale et, vers 220, deux générations
plus tard, on assiste à un retour de formes archétypales
: toscan traditionnel, arcature grecque, portique à piliers
de bois.
Identifier
la grammaire des styles et leur syntaxe donne accès à
la forme architecturale en fonction d’un corpus comparatif.
Le bâtiment nord construit vers les années 50-60 après
J.-C. est longé par un portique toscan avec des colonnes
à fût lisse exécutées au tour ; elles
seront remplacées en 160 par des colonnes toscanes cannelées
affirmant une tendance hellénisante, et vers 220, on revient
à un toscan encore plus affirmé qu’au début
de la construction, avec de larges débords de toiture au-dessus
du portique et des pignons.
Le
bâtiment central remplace en 160 la première construction
du site qui remontait au début de notre ère. Son portique
reçoit alors des colonnes à 24 cannelures de tradition
ionique appartenant à un ordre corinthien qui se place sous
une architrave, une frise et une corniche. La présence d’une
toiture débordant largement au-dessus de l’ordre corinthien
implique qu’il n’est pas présenté dans
sa pureté académique mais sous forme d’un hybride
associant un ordre grec avec les toitures largement débordantes
de la toscanité. Le corps principal reçoit aussi,
par le jeu des correspondances, un entablement avec une toiture
à chevrons débordants, entraînant des pans de
toitures aux extrémités. Vers 220, cet édifice
verra son portique remplacé par des arcades maçonnées
et peintes de tradition grecque.
L’édifice
sud entièrement conçu en ossature de bois dispose
d’un portique qui entoure le corps central. Ses colonnes toscanes
en molasse, hautes de 2 m, sont installées sur un mur-bahut
; leur taille, exécutée sur place, permet de dater
cet édifice après l’abandon du tour en Helvétie
vers les années 60.
Vers
160, de nouvelles colonnes remplacent les anciennes, de profil toscan
et fût à huit cannelures de proportion identique aux
précédentes, attestant ainsi une hellénisation.
Vers 220, un changement radical fait disparaître les colonnes
courtes et le mur-bahut au profit d’un portique en bois et
d’un porche aux colonnes de grès.
Ces
diverses attitudes architecturales contribuent avec l’analyse
du plan à aborder la question de la fonction de chaque bâtiment.
L’édifice central serait celui du groupe familial,
l’édifice nord serait celui d’une association
commerciale où la famille a des parts de société.
Quant à l’édifice sud, il serait celui de la
domesticité.
Cette
diversité est unifiée par un concept d’ensemble
où les lignes de composition sont communes.
Chaque édifice est agrémenté d’un étage
surmonté de combles non aménageables, chauffées
par les conduits de fumée qui s’y déversent.
La fumée doit s’évacuer par des ouvertures.
Un bouchon de fenêtre de comble bouché nous donne les
proportions des vitres. Les rives de toits sont à hauteur
constante ainsi que celles du portique qui assure une fonction unificatrice.
Avec
la résurgence de la forme de l’établissement
gallo-romain de Vallon, nous découvrons une écriture
architecturale volontairement diversifiée et porteuse d’un
discours culturel qui, au-delà des contradictions de la société,
est un signe de civilisation avancée.
Pierre André
36, rue Waldeck-Rouseau
F – 69006 Lyon
Tél33 (0) 478 24 45 27
Fax 0033 (0) 437 24 21 51
Architecte Diplômé par le Gouvernement Français
DEA d’Histoire et Civilisation ancienne de Lyon II
Rattaché à l’Institut d’Archéologie
de Lyon II
Architecte de la Mission Luso-Française
Collaborateur de l’Ecole Suisse d’Archéologie
en Grèce
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de la maquette
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