Un site au développement particulier

Huit campagnes de fouille à Vallon Sur Dompierre ont permis de dégager les vestiges d'une villa dont le plan connu en forme de L mesure 160 m de longueur par 20 m de largeur. L'édifice se compose au total de trois corps de bâtiment flanqués d'un long portique de façade à colonnades et arcades qui distribue une quarantaine de pièces. Une construction à trois nefs rythmée par quatre rangées de piliers, sans doute un grenier, complète l'ensemble à l'est.

zoom plan


Etapes de construction

Le site romain est occupé dès le début de notre ère. Là, un premier bâtiment de terre et de bois est édifié face à l'éperon rocheux de Carignan, bordé au nord et au sud par deux voies parallèles provenant de l'est. Au cours du dernier tiers du Ier siècle ap. J.-C., deux nouveaux corps de bâtiment aux façades maçonnées lui sont ajoutés, l'un dans son prolongement direct au sud, l'autre établi perpendiculairement au nord en direction du ruisseau. Plusieurs pièces d'habitation s'y dessinent autour de grandes salles centrales dont une cuisine, celle du corps de bâtiment sud. C'est dans la seconde moitié du IIe siècle que la villa va prendre l'allure plus grandiose qu'on lui connaît: le corps central originel est totalement reconstruit en moellons de calcaire hauterivien; sa partie médiane est occupée par une salle à abside, pavée d'une mosaïque dite "de Bacchus et d'Ariane". Des transformations importantes interviennent aussi dans les autres corps de bâtiment, dès lors reliés par un portique continu en L. Au début du IIIe siècle, une seconde mosaïque, celle de la venatio, est installée dans le corps de bâtiment nord qui subit divers aménagements, l'ensemble de l'édifice atteignant alors ses dimensions les plus importantes.

Matériaux et décoration

Durant toute l'occupation de la villa, l'argile a été le matériau de construction de base à côté du bois et de la pierre. Si les murs porteurs principaux sont élevés à l'aide de moellons, essentiellement dans le corps de bâtiment central, les murs secondaires sont quant à eux édifiés en colombage hourdé de tuiles. Partout, on revêt les murs d'une couche d'argile avant la pose d'enduits peints. Ceux-ci vont être adaptés à la fonction des pièces: salles de réception et espaces de circulation sont dotés d'illusions architecturales qui rappellent les monuments publics, tel le portique qui, sur plus de 40 m, est décoré, à l'intérieur, d'imitations de piliers et d'arcatures moulurées. Les chambres font elles alterner les panneaux rouges, noirs et jaunes agrémentés de motifs végétaux ou de fins candélabres, supports qui accentuent la profondeur des pièces; les montées d'escalier prolongent cette vision, mais avec des guirlandes sur fond blanc. Côté jardin, l'enduit des façades est rendu étanche à l'aide d'un mortier au tuileau puis orné de décors en relation avec l'espace délimité tels que larges hampes végétales, têtes d'Océan et dauphins.

Sols et trouvailles

L'argile intervient aussi dans la composition des sols, pour la cuisine, les montées d'escalier et quelques pièces de service. Les autres sols sont constitués de plancher, de béton antique, de dallage et de mosaïque. C'est sur ces niveaux de marche qu'une grande partie du matériel archéologique a été découvert. La pièce qui abrite la petite mosaïque a livré de nombreux objets permettant de reconstituer son mobilier et plus particulièrement un autel domestique (laraire) avec ses statuettes en bronze. Avec elle, d'autres salles ont conservé des traces d'ameublement: armoires, banquettes, étagères, lits et meubles d'angle.

Evolution de la villa

La fin du IIIe siècle montre une rupture importante dans l'évolution de la villa qui est affectée par un violent incendie. Plusieurs groupes de pièces sont reconstruits en réutilisant en partie les murs porteurs ainsi que le portique, où sont installés des foyers. Un nouveau bâtiment fait de matériaux récupérés voit le jour à l'est. Chaque bloc d'habitation s'articule autour de petites cours qui caractérisent le plan du site au Bas-Empire. Durant le Haut Moyen Age, les murs sont démontés au profit de constructions en bois qui reprennent dans les grandes lignes le plan précédent. Au nord du site, quatre tombes sont implantées: l'une perfore la mosaïque de la venatio, une autre, celle d'une femme, recelait un collier, des boutons, une fusaïole, dans un mode d'inhumation typique de l'époque mérovingienne. Dans l'ancien jardin, des trous de poteaux marquent l'emplacement de bâtis où de nombreux objets signalent une activité de recyclage des matériaux. Cette occupation est directement liée au mausolée établi sur l'éperon rocheux de Carignan qui renferme à la même période dix-sept tombes, constituant à ce jour une des plus anciennes églises du canton de Fribourg.

 
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